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L’EXPERT TECHNIQUE ALCORCA ET L’ATTACHÉ DE SECURITE INTERIEURE EN HAITI 

EN VISITE OFFICIELLE EN JAMAIQUE DU 13 AU 16 JANVIER 2020

Du 13 au 16 janvier 2020, une visite officielle de l’Expert technique Crime Organisé/ Stupéfiants Nicolas GONGORA en charge du projet ALCORCA et de l’Attaché de Sécurité Intérieure Henri CASTETS en résidence en Haïti (compétence Haïti, République Dominicaine, Jamaïque) a eu lieu à Kingston.

Cette visite avait pour objectif de rencontrer l’Ambassadeur de France en Jamaïque, les autorités policières, douanières et militaires et de présenter aux partenaires jamaïcains la programmation ALCORCA 2020 et les 05 ateliers techniques prévus pour l’année 2020, la Jamaïque étant un acteur important du projet dans la zone Caraïbe.

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1/ Visite officielle auprès de Monsieur l’Ambassadeur de France en Jamaïque.
Le 14 janvier 2020 en matinée, l’Ambassadeur de France Denys WIBAUX recevait la délégation française afin d’échanger sur les problématiques actuelles en Jamaïque en matière de sécurité intérieure. Pour mémoire, la Jamaïque est l’île caribéenne ou le taux d’homicide par habitant est le plus élevé. Il s’élève à 66 pour 100 000 habitants. Cette forte criminalité se concentre très majoritairement sur des règlements de compte entre gangs rivaux et se manifeste aussi lors des violences domestiques ou intra-familiales. Il est rare que les touristes ou ressortissants étrangers soient réellement victimes d’homicide ou d’assassinat. Dans ce cas, il s’agit bien souvent de victimes collatérales dans des zones de règlements de compte tenus par les gangs qu’il est préférable d’éviter.

En Jamaïque, l’essentiel des règlements de compte sont commis par arme à feu (trafic d’armes particulièrement soutenu) qui viennent majoritairement des Etats-Unis via Haïti. Lors d’épisodes particulièrement violents, il n’est pas rare que les forces de police et les militaires soient mutualisées pour sécuriser certaines zones particulièrement criminogènes et tenues par des gangs. Cela a été le cas avec des envois de troupes à Montego-Bay los de l’état d’urgence décrété par le 1er Ministre Jamaïcain Andrew Holmes le 07 juillet 2019 dans la Division Nord du pays dans les provinces de Saint James, Hanovre, Westmoreland ainsi que dans la Division sud dans la province de Saint Andrew South (dont fait partie la capitale Kingston).


Cet état d’urgence consiste en un déploiement de force des militaires et des policiers qui conduisent des opérations de contrôle d’identité, de filtrage, de fouilles de véhicules. Ils opèrent aussi des couvre-feu afin de sécuriser les lieux les plus criminogènes du pays dans un secteur donné et dans une période de temps limitée. L’état d’urgence était toujours actuellement en vigueur dans la Division sud de la région de Saint Andrew jusqu’à début janvier 2020.
Malgré cet état d’urgence, les zones touristiques demeurent toutefois préservées. Ainsi, l’état d’urgence décrété dans ces quatre régions n’a pas eu d’impact sur le tourisme en Jamaïque qui a enregistré plus de 04 millions de visiteurs dont plus de 9000 français (augmentation) en 2019.

 

Les forces de sécurité intérieure du pays Jamaïcains parviennent ainsi à « tenir » leurs zones et à contenir la violence des gangs. Les problématiques d’enlèvements de ressortissants étrangers sont donc beaucoup moins importantes que dans les pays d’Amérique centrale, du sud ou en Haïti.

 De gaucheà droite: le Deputy commissioner  McArthur SUTHERLAND, Sous Directeur des Affaires Internes / Anti-Corruption, l’expert technique ALCORCA Nicolas GONGORA,

l’Ambassadeur de France Denis WIBAUX, le Commissioner Antony ANDERSON ( DGPN Jamaïcain),

le Commissaire Général Henri CASTETS (ASI Haïti- République Dominicaine-Jamaïque )

et le Deputy Commissioner Fitz BAILEY, Sous-Directeur en charge des affaires criminelles de la JCF.

2/ Rencontre officielle avec la Police Jamaïcaine : Jamaican Constabulary Force ( JCF).
Le déplacement de la délégation française a permis de rencontrer le Major Général Antony ANDERSON, Commissioner of Jamaïcan Constabulary Force (équivalent de notre DGPN pour la Jamaïque) en poste depuis le 19 mars 2018. Il s’agit d’un militaire issu de la Jamaïca Defence Force (JDF) nommé à la tête de l’unique force de police en Jamaïque (JCF). Forte de 12 000 policiers, la Jamaïcan Constabulary Force (JCF) est rattachée au Ministère de la Sécurité Nationale et composée de plusieurs sous-directions.
Le Major Général Antony ANDERSON était assisté lors de cette réunion par deux adjoints : le Deputy Commissioner Fitz BAILEY, Sous-Directeur en charge des affaires Criminelles (Deputy Commissioner of Crime Division) et l’Inspecteur General Mac Artur SUTHERLAND, ex-Sous-Directeur en charge de la lutte contre le trafic de stupéfiants (Deputy Commissioner of Narcotics Division) qui a participé à plusieurs ateliers techniques ALCORCA et qui a été nommé récemment chef des affaires Internes et de la Division Anti-corruption (Head of Internal Affairs and anti-corruption). L’Ambassadeur de France en Jamaïque Denys WIBAUX participait à cette réunion afin d’échanger sur les problématiques sécuritaires.

La réunion de travail a permis d’échanger sur des problématiques générales de sécurité auxquels font face les forces de police Jamaïcaines : trafic de stupéfiants, trafic d’armes, extorsions, corruption, règlements de compte violents et homicides entre gangs sur fond de guerres de territoire.

Remise de la médaille ALCORCA par le Commissaire Général Henri CASTETS, Attaché de Sécurite Intérieure en Haïti au Major General Antony ANDERSON, Commissioner of Jamaïca Constabulary Force

En matière de trafic d’armes et selon les déclarations officielles du Ministre de la Sécurité Nationale Horace CHANG le 1er août 2019 devant la Chambre des représentants, plus de 200 armes à feu entrent illégalement dans le pays chaque mois ce qui représente 2400 armes par an. Ce trafic d’armes est intimement lié au trafic de stupéfiants et permet d’alimenter les gangs ce qui fait monter le taux d’homicide et rend les règlements de compte entre gangs rivaux particulièrement violents. Ainsi, il est estimé que des armes sont utilisées dans 80% des cas des 1300 meurtres enregistrés au cours de cette dernière année dans le pays.


Les Jamaïcains sont bien conscients de la nécessité de la coopération internationale en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants et contre le crime organisé afin de préserver la sécurité de leur pays. A ce titre, le Major General Antony ANDERSON évoquait la participation active de la Jamaïque à des réunions inter-îles des chefs de police en évoquant la conférence annuelle de l’Association des Chefs de Police caribéens (Association of Caribbean Commissioners of Police « ACCP »). Par ailleurs, il évoquait aussi l’existence de la JIATF South (Joint Interagency Task Force) installée à Keywest (Floride) pilotée par les Gardes Côtes américains (US Coast Guards) dont font partie la France, l’Espagne, les Pays Bas la Colombie et le Venezuela. Cette Task Force, sous leadership américain, permet de procéder à des opérations conjointes visant à lutter contre le trafic de drogue par voie maritime. Des saisies de drogue significatives ont été opérées avec le support de la JIATF en partenariat avec les Gardes Côtes Jamaïcains (Coast Guards de la JDF). Le Commissioner Jamaïcain Antony ANDERSON précisait aussi que la représentation britannique allait se retirer de Jamaïque, comme le font actuellement les Britanniques en République Dominicaine.


La présentation des cinq ateliers ALCORCA pour l’année 2020 intéressait les autorités policières jamaïcaines et le Directeur de la Police Jamaïcaine confirmait sa volonté de continuer à participer activement au programme de coopération multilatérale dans la zone Caraïbe. Les échanges effectués au cours de cet entretien ont permis de souligner la compétence particulière des forces de police jamaïcaines et de leur savoir-faire en matière de lutte contre la criminalité organisée et le narcotrafic dans le cadre de la coopération internationale.

2/ Rencontre avec les Douanes Jamaïcaines : Jamaïca Customs Agency ( JCA)
Une visite officielle de la Jamaïca Customs Agency (JCA) était organisée afin de rencontrer les autorités compétentes. La délégation française était reçue par Madame Elma RICKETTS-WALKER (Commissioner of Jamaïcan Customs), Directrice Générale des Douanes Jamaïcaines en poste depuis le 10 avril 2017. Elle était assistée par la Directrice du Renseignement Douanier (Intelligence Director of JCA) Kalista POWELL.


Madame Kalista POWELL a déjà participé à plusieurs ateliers ALCORCA, ce qui lui a permis de nouer et maintenir des contacts positifs avec les autres représentants des pays caribéens sur des problématiques communes en matière de lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants. Elle a souligné que les ateliers techniques ALCORCA permettaient aux différents participants de maintenir des liens entre les pays de la Caraïbe favorisant un échange de renseignements rapide et efficace entre les pays ce qui a notamment permis de mener à bien des opérations de saisies significatives pour la Jamaïcan Customs Agency (JCA). Vu l’emplacement stratégique de la Jamaïque, la JCA représente une force de sécurité intérieure non négligeable en matière de contrôles de frontières terrestres, maritimes ou aériennes.


Forte de 1570 agents, les effectifs de la JCA savent utiliser les moyens et les outils de la coopération internationale et participent à des organismes de coopération régionaux tels que la Caribbean Customs Law Enforcement Council (CCLEC).
La Directrice des Douanes et sa Directrice du Renseignement étaient particulièrement intéressées par les ateliers techniques prévus pour l’année 2020 dans le cadre du projet d’Appui à la Lutte contre la Criminalité Organisée dans la zone Caraïbe (ALCORCA 2). Ainsi, la Directrice des Douanes RICKETT- WALKER nous a précisé vouloir envoyer deux personnels des Douanes pour participer aux ateliers techniques « action de l’état en mer » prévue en juin 2020, ainsi qu’aux ateliers « outils de la coopération internationale » et « justice / blanchiment et saisie des avoirs criminels » prévus au second semestre 2020.
Malheureusement, il apparaîtra difficile de pouvoir satisfaire à ses demandes vu le budget consacré au projet ALCORCA pour l’année 2020, qui oblige à limiter la présence d’un seul participant par pays à chaque atelier technique.


En matière de lutte contre la criminalité organisée, la Directrice du Renseignement Kalista POWELL nous précisait que la Jamaïque devait faire aux dangers des trafiquants de stupéfiants d’Amérique du Sud (cocaïne) qui visaient aussi la Jamaïque tout en insistant sur le fait que les gangs et trafiquants jamaïcains (plus d’une centaine de gangs) se livraient au trafic de Marijuana visant à alimenter les Etats-Unis d’Amérique, le Canada, la Grande Bretagne ou la Barbade. Ainsi des échanges entre trafiquants et entre produits stupéfiants (Marijuana jamaïcain contre cocaïne produite en Amérique Centrale ) peuvent aussi avoir lieu. Elle soulignait aussi un phénomène préoccupant et difficile à endiguer qui est l’échange entre le trafic de marijuana jamaïcaine qui part de Jamaïque en direction d’Haïti contre les armes récupérées en Haïti. Ce trafic se fait par voie maritime et souvent par bateaux de pêche (dits « fishing canoe »). Les armes qui transitent dans le cadre de ce trafic sont multiples (armes de poings, armes d’épaules) et parfois sont d’anciennes armes utilisées par la police haïtienne.

A l’issue de cette réunion avec les Douanes Jamaïcaines, Madame RICKETTS-WALKER a assuré la délégation française de son soutien en matière de coopération de sécurité intérieure entre nos deux pays et de sa volonté de continuer à participer activement au projet ALCORCA 2 afin de garantir des échanges entre les différents pays caribéens de la zone dans le but de lutter contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants)

Remise de la médaille ALCORCA à Madame Velma RICKETTS - WALKER, Directrice Générale des Douanes Jamaïcaines ( Commissioner of Jamaïca Customs Agency)

De gauche à droite Madame Kalista POWELL, Directrice du renseignement Douanier (Jamaïcan Customs Agency)
l’expert technique international ALCORCA Nicolas GONGORA,

la Directrice Générale des Douanes Jamaïcaines Velma RICKETTS-WALKER (Commsissioner of Jamaïcan Customs Agency)

et le Commissaire Général Henri CASTETS, Attaché de Sécurité Intérieure Haïti-République Dominicaine-Jamaïque.

4/ Rencontre avec la Jamaïca Defence Force (JDF)
Cette Force militaire jamaïcaine est dotée de l’armée de terre, de l’armée de l’air et d’une garde côtière. Elle travaille en étroite collaboration avec la police et les douanes. Une réunion était organisée avec Monsieur Jonathan WEMYSS-GORMAN, Lieutenant Commander en charge des opérations maritimes. Les militaires jamaïcains disposent d’une compétence aux larges des côtes et travaillent en bonne intelligence avec les Coast Guards rattachés à la Jamaïcan Defence Force (JDF) ainsi qu’avec la Jamaïcan Constabulary Force (JCF). Des opérations coordonnées ont souvent lieu entre la police et les militaires et ce travail interministériel, d’après nos homologues jamaïcains, porte ses fruits.


A la fin du mois de novembre 2018, la Jamaïcan Defense Force (JDF) s’est dotée d’un avion de surveillance et de deux hélicoptères afin de renforcer ses équipements et de mener des missions de surveillance en mer dans le but de lutter contre le crime organisé et les trafics illicites. Il s’agit du Beechcraft King Air 350 WR Maritime Patrol Aircraft et de deux hélicoptères (modèle Bell 429). Lors de l’acquisition de ca matériel technique, le Major General MEADE, chef de la JDF précisait : « Ce n’est que grâce à la coopération avec nos partenaires que nous pouvons espérer combattre les réseaux d’organisations criminelles transnationales qui cherchent à exploiter les lacunes résultant d’une coopération et d’un partage d’informations limités ». Depuis l’acquisition de ces équipements, la Jamaïcan Defence Force (JDF) a mené plusieurs opérations contre les trafiquants d’armes à feu, les trafiquants de drogue et en matière de lutte contre les activités de pêche illégale.


5/ Problématiques en matière de sécurité en Jamaïque.
Le phénomène préoccupant les forces de sécurité (Police / Douanes / Défense), outre les règlements de compte entre gangs jamaïcains, demeure le trafic d’armes et le trafic de drogue. Au cours des différents entretiens menés lors de cette visite, la police, les douanes et les militaires jamaïcains revenaient sur un trafic important : les trafics armes contre stupéfiants inter-îles et le contrôle difficile de ce transit qui se fait essentiellement par voie maritime. Ainsi, la Marijuana produite localement en Jamaïque dans divers endroits (plus particulièrement dans le Sud de l’Ile) part par bateaux de pêche dits « fishing canoe » depuis la Jamaïque en direction d’Haïti. Ces bateaux de pêche peuvent revenir chargés d’armes en moins de 24 heures.

 

Si les échanges peuvent avoir lieu directement avec la République Dominicaine, les côtes haïtiennes sont plus facilement atteignables par les bateaux de pêche jamaïcains et davantage poreuses vu la corruption endémique et la situation actuelle en Haïti. Cette marijuana venant de Jamaïque, transitant par Haïti alimente aussi les trafiquants en République Dominicaine. Les interceptions de la marchandise convoyée par ces bateaux sont rares car une fois repérés par moyen aérien, les malfaiteurs jettent les armes à la mer ou se délestent des produits stupéfiants avant leur interception par les forces de sécurité. Il est donc particulièrement difficile d’intercepter la marchandise malgré les outils de détection utilisés par les forces de sécurité jamaïcaines.

Pour une population avoisinant les 3 000 000 d’habitants, la Jamaïque dispose de forces de sécurité bien dotées et spécialisées qui disposent d’une véritable technicité et d’un savoir-faire. Habituée à faire face à une criminalité traditionnellement violente et emprunte des gangs, les problématiques de sécurité du pays sont essentiellement liées à son statut insulaire et l’enjeu majeur demeure la protection de ses côtes qui nécessite une coopération interministérielle entre les différents forces de sécurité du pays (militaires, police, douanes, garde côtes) et une coopération internationale indispensable pour prévenir et détecter les trajets utilisés par les malfaiteurs. La Jamaïque demeure un acteur majeur et particulièrement actif depuis la mise en place du projet de coopération multilatérale ALCORCA (2016).


Les différentes autorités rencontrées (policières, douanières et militaires) au cours de cette visite officielle nous ont assuré de leur intérêt constant pour ce projet et de la nécessité de faire perdurer cette coopération régionale dans les caraïbes. L’élargissement aux îles anglophones caribéennes depuis l’été 2019 du programme ALCORCA (Saint Vincent, Sainte Lucie, la Barbade, La Dominique, Trinidad et Tobago) est très bien perçue par les autorités jamaïcaines car les problématiques rencontrées par les différentes îles caribéennes sont communes : trafic de drogue par voie maritime et aérienne, phénomènes de gangs violents, échange entre les trafiquants d’armes et les trafiquants de stupéfiants, règlements de compte et extorsions.